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Aquiceara... drôle de nom vous dites-vous. En
fait, c'est tout bête : en portugais, « aqui Ceará » signifie littéralement « ici le Ceará ».
Quand j'ai créé le site en 2001, les différents noms de domaine que j'avais en tête étaient déjà pris, et c'est comme ça que j'en suis arrivé à aquiceara.com. Le Ceará, donc, c'est ce petit état en haut à droite, sur la carte du Brésil, coincé entre le Rio Grande do Norte, le Pernambouc et le Piauí. C'est l'un des états les plus pauvres du Brésil. Sa capitale Fortaleza compte aujourd'hui deux millions et demi d'habitants. Quant à la population totale de l'état, elle avoisine les dix millions.
J'ai atterri là par hasard en octobre 1984. À l'époque, j'étais au chômage depuis deux ans et je suis parti avec une petite association humanitaire qui avait un projet dans deux favelas de Fortaleza. Du Brésil je savais ce que j'avais appris au bahut et quelques généralités glanées ici ou là dans Géo ou la presse. Autrement dit, pas grand-chose. En plus, à l'époque, je n'étais absolument pas attiré par ce pays.
Avec l'association, cela été l'échec et, au bout de deux mois je me suis retrouvé dehors. Heureusement, un voisin brésilien avait créé une petite école où il enseignait le français. Il venait de décrocher une bourse pour étudier à Paris et ça l'embêtait de devoir abandonner ses élèves. Et moi je cherchais un logis et un moyen de gagner de quoi survivre...
Marielle est venue me rejoindre fin mars 1985. Ce n'est qu'en décembre 1986, après nous être fait prendre en otage dans notre appartement de Mucuripe (la vie quotidienne au Brésil est parfois
mouvementée), que nous avons décidé de rentrer en France.
Ces deux années ont été à la fois très dures et formidables.
Très dures parce que nous avons beaucoup souffert de la faim, surtout le premier semestre de 1985. L'inflation frôlait les 500 % par an et les revenus des cours de français étaient bien
maigres. Nous arrivions à payer le loyer, nous avons perdu plusieurs kilos. D'ailleurs, il y a quelques jours j'ai retrouvé ce que nous appelons la « photo Auschwitz » : Marielle
et moi au pied de la « pedra furada » (la pierre percée) de Jericoacoara le 31 décembre 1985 (nous étions invités : pas les moyens de sortir de Fortaleza à l'époque, bien
évidemment). Vous l'avez compris, on avait la ligne !
Formidables parce que, d'un autre côté, nous avions la chance d'habiter à Mucuripe, qui reste aujourd'hui encore mon quartier préféré. Il suffisait de traverser la rue pour être sur la plage au milieu des pêcheurs et des jangadas.
Comme beaucoup d'Européens vivant au Brésil, nous ne cessions de bâtir des projets pour essayer de nous en sortir. Là, on peut vraiment dire que c'était l'espoir qui nous faisait vivre. Notre
principale activité consistait à donner des cours de français. Nos élèves, des étudiants et quelques dames de la bonne société qui voulaient passer le temps venaient donc chez nous s'initier à la
langue de Molière. J'ai également fait quelques travaux de traduction pour des amis psychiatres qui soutenaient une thèse d'ethnologie. Enfin, je faisais aussi des thèmes astraux, ce qui, je dois
le dire, était plus rémunérateur que les cours de français. Au Brésil comme ailleurs, personne ne croit à l'astrologie mais tout le monde veut savoir ce que raconte son thème...
Ce n'est qu'en 1997 que nous sommes retournés pour la première fois à Fortaleza. Des amis nous avaient prévenus : « vous n'allez rien reconnaître ». En effet, en survolant la ville
avant l'atterrissage nous avions l'impression de survoler Manhattan. Pour se faire une idée de la différence, il vous suffit de regarder les photos de Mucuripe dans les années 80 et aujourd'hui
sur le site.
La capitale provinciale roupillant au soleil de plomb d'un petit état déshérité du Nordeste avait bien changé. Fin 1986, il y avait deux ou trois immeubles de vingt étages en construction. Là, on les comptait par dizaines.
Ce n'était plus « notre » Fortaleza, celle où les deux bâtiments les plus hauts de Beira Mar étaient, à peu de choses près, le « Jacqueline » et le nôtre, le « Marinho de
Andrade » ; où des tas d'immondices de trois mètres de haut s'appuyaient contre les murs lépreux de... Beira Mar ; où de vieux bus brinquebalants et bruyants transportaient des
gens ivres de fatigue et de misère.
En traînant dans le « Centro », aujourd'hui qui n'est en réalité plus le vrai centre de Fortaleza, nous avons été ébahis par le changement. Les gens portaient des vêtements en bon état, des tongs neuves et, surtout, quand nous leur demandions notre chemin, ils n'hésitaient pas à nous accompagner s'il le fallait. Par rapport à ce que nous avions connu, c'était le jour et la nuit. À l'époque, les gens étaient le plus souvent trop abrutis de fatigue et de faim pour donner des réponses cohérentes. Désormais, les ventres étaient pleins et le reste suivait.
Depuis 1997, nous sommes retournés régulièrement au Ceará. Lorsque nous y habitions, nous étions beaucoup trop pauvres pour sortir de Fortaleza. Nous ne l'avons fait qu'en trois ou quatre
occasions pour aller à Prainha et Paracuru, des plages assez proches. Des voisins nous ont invités à passer le Nouvel An fin 1985 à Jericoacoara (à l'époque, c'était vraiment préservé,
aujourd'hui c'est une usine à gogos) et, en 1986, un de nos élèves nous emmenés passer un week-end dans la montagne de Guaramiranga, tout près de Fortaleza. C'est tout.
Les deux seules « grandes » exceptions ont été les sorties du territoire au bout de six mois pour renouveler les visas. La première fois, il a fallu aller jusqu'en Uruguay. 9000 km en
sept jours par le car. Nous avons passé... vingt minutes en Uruguay. Au Paraguay, pas mieux. Pas question de faire du tourisme. Pas les moyens. La seule entorse a été la visite du Corcovado à Rio
en revenant d'Uruguay.
En fin de compte, c'est surtout à partir de 1997 que nous avons découvert le Ceará - et un peu le reste du Brésil. Depuis, nous avons sillonné l'état dans tous les sens.
Aquiceara n'est donc pas un site à vocation touristique. Les photos et les vidéos ne visent pas à faire rêver. Il s'agit de montrer la réalité cearense telle qu'elle est. Au risque de
paraître prétentieux, je dirai qu'il s'agit d'une vision ethnographique.
Récemment, un visiteur du site m'a dit qu'il était dommage que les vidéos ne soient pas sous-titrées en français. Il est vrai qu'il faisait allusion à une vidéo où quelqu'un explique comment on transforme la racine de manioc en farine.
Dans un sens, il avait raison puisque tout le monde ne comprend pas le portugais. Dans un autre, il avait tort : quand on part en voyage quelque part, on ne voit pas des sous-titres
s'afficher en dessous de ce que les gens qu'on voit autour de soi racontent... La connaissance de la langue fait partie du voyage. La langue, c'est le reflet du pays et de ses habitants, de leur
façon de vivre et de penser. Pour s'en persuader, il suffit de voir à quel point les Canadiens et nous sommes séparés par la même langue, pour paraphraser Churchill.
Ensuite, il y a une bête question technique. J'ai traduit Aquiceara en plusieurs langues, mais je me suis limité au minimum syndical parce que c'est un travail considérable. Alors de là à doubler
les vidéos... Après tout, ce site n'est qu'une activité de loisir. Et puis ce n'est pas mon seul site et les journées n'ont hélas que 24 heures !
Pour conclure, les aspects techniques : la photographie, il se trouve que c'est au Ceará que j'ai commencé à la pratiquer en 1984 avec un vieux Rolleiflex tombé du camion. De 1997 à 1999, j'utilisais un reflex argentique et parallèlement un Kodak numérique 1,3 mégapixels. En 2000, j'ai cassé la tirelire et acheté mon premier reflex numérique 6 mégapixels. Depuis 2004, j'ai un 12 megapixels. Inutile de dire que je ne regrette pas l'argentique.
Quant à la vidéo, j'ai acheté un premier caméscope numérique à Noël 97, mais je ne m'en suis que très peu servi au début. Les quelques vidéos SD (définition standard) d'Aquiceara ont été faites
avec lui. Depuis 2005, j'ai un caméscope HD et la qualité est évidemment bien supérieure. Et encore, les vidéos HD que vous voyez sur le site sont compressées 100 fois (elles sont au format
Flash 8), d'où une perte de qualité considérable sur les séquences animées.
Gilles Chertier
Chaumont-sur-Tharonne, le 30 septembre 2008
Vous retrouverez toutes les aventures de Gille Chertier sur:
http://www.aquiceara.com/index.html