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Ce deuxième voyage en Inde, je l'ai fait seul.
C'était une envie que j'avais depuis plusieurs années : retrouver le contact avec la civilisation indienne, pouvoir parcourir le sous-continent par mes propres moyens. A mon départ je ne savais pas très bien jusqu'où j'irais en deux semaines. Finalement, j'ai fait un voyage très riche mais avec un timing de folie.
Le problème de l'Inde se sont les distances. Les routes sont en très mauvais état : la vitesse de déplacement est de 30/40 km/h en bus, 50/60 km/h en voiture une fois sortie de l'agglomération de Bombay. Là, la vitesse de déplacement est quasiment celle du piéton voir de l'escargot... Les distances entre les villes ou les sites sont très importantes. Avant de partir, il faut déjà bâtir une stratégie de déplacement et bien évaluer le temps à passer pour aller d'un lieu à un autre.
Lors de mon premier voyage, j'avais choisi le sud de l'Inde qui a justement l'avantage de concentrer dans une zone géographique restreinte un nombre important de sites et de villes intéressants. Les déplacements durent de 3 à 4 heures.
Cette-fois ci, je voulais partir voir les grottes d'Ajanta et d'Ellora, plonger au coeur du continent, loin des sentiers balisés du nord et du Rajasthan trop touristiques à mon goût. En fait je pense que j'avais tord, mais il fallait bien choisir.
Ellora et Ajanta sont situées au centre du pays. Le parcours évident était le suivant :
Paris-Bombay : visite de Bombay. Trajet Bombay/Aurengabad, visite des grottes d'Ajanta et d'Ellora puis, plongée vers le sud, voir jusqu'où, remonter par Goa pour prendre un avion et revenir sur Bombay. Plan de base, à la fin du voyage on rigole...
Le périple imposait de faire plusieurs nuits de voyage en bus pour pouvoir parcourir les distances sans perdre de temps.
Me voilà parti :
Arrivée à Bombay (Mumbaï pour les intimes), visite de la ville et d'Ellephanta (aller/retour en bateau).
Départ le matin pour Aurengabad. Très vite, la végétation tropicale de la côte fait place à une steppe semi-désertique et quelques villages isolés.
Après plusieurs heures de voyage et un changement de bus dans une ville inconnue (Shidi) où, après dix minutes de discussion avec un enfant dans la rue il me mène directement vers une petite boutique, on me vend mon ticket pour Aurengabad. Je monte dans un superbe car climatisé pour 1 heure de voyage... ce sera le seul.
Arrivé à Aurengabad, je m'installe pour trois jours. Je trouve assez rapidement une voiture avec chauffeur pour mes deux escapades vers Ajanta puis Ellora.
Après ces visites, je pars pour mon premier voyage de nuit. Départ d'Aurengabad pour Bijapur, seule ville musulmane importante de la région. Là, je découvre les joies du voyage de nuit. Le car file dans la nuit, fenêtres ouvertes - pas de clim - mon sac glissé sous la banquette et mon petit sac à dos sur les genoux. Le bus est bondé.
Pendant les trois premières heures du voyage, nous avons droit à un film Bollywoodien pur et dur, sono à fond avec pour seule possibilité : regarder le film ou mourir.
L'avantage des films de bollywood en hindi, c'est qu'ils s'adressent à l'ensemble de la population du sous-continent qui parle 2000 langues et dialectes et qui ne comprend pas forcément l'hindi.
L'histoire est donc simple, le jeu des acteurs très proche de celui du muet. Sans rien comprendre aux dialogues, vous pouvez suivre l'intrigue sans problème. Les chansons sont omniprésentes, les cascades et scènes de combat multiples, un cinéma d'une richesse incroyable qui vous tient en haleine pendant 3 heures (durée minimum pour un film...).
Evidemment, les retournements de situation sont multiples, les scènes parfois très longues, les intrigues complexes... Le film fait rire et pleurer et les héros sont de véritables dieux vivants. La performance des acteurs est impressionnante : si vous êtes jeune premier il faut être glamour, faire rire, savoir vous battre, faire des cascades, chanter, danser, jouer la comédie, la totale.
Finalement, j'ai passé un bon moment. J'ai du voir 4 ou 5 films lors de ces voyages en bus et j'en garde un bon souvenir. J'ai remarqué, par ailleurs, que les acteurs sont souvent les mêmes, notamment pour la pléiade de seconds rôles.
A l'aube, après un changement à Sholapur - grand centre routier du sud de l'Inde - j'arrive à Bijapur. Je reste une nuit.
Je décide de poursuivre jusqu'à Hampi, mon précédent voyage de nuit m'a prouvé que c'était possible et pas forcément pénible.
Lendemain soir, nouveau départ au petit matin pour Hospet, ville étape avant Hampi.
Et là, bis repetita : sono à fond, chansons en hindi qui vous vrillent les oreilles et un nouveau péplum indien, pas terrible celui-là mais le charme de l'Inde opère toujours.
Arrivé à Hampi, je m'arrête deux jours, je me ballade à pied sur le site, cool, aucun problème.
Pour rejoindre Goa, j'opte pour la voiture avec chauffeur. Et oui, on a quand même le droit de temps en temps à un minimum de confort : halte à la promiscuité, vive le silence.
Après quelques négociations, je négocie mon voyage : une journée complète à travers les hauts plateaux. Et c'est parti, plutôt tranquille comme voyage.
A Goa, je me déplace en taxi.
Malheureusement, j'arrive le vendredi soir, pas d'agence de voyages, donc pas d'avion. Pas de problème, je visite Old Goa et, après une nuit de repos, départ de nuit pour Bombay pour un trajet marathonien de 15 heures de bus avec, évidemment, deux films : un le soir, un le matin.
L'arrivée dans l'agglomération de Bombay me tiendra en haleine pendant 3 heures d'embouteillage à tourner dans tous les sens.
Voilà, le périple est fini. Ce que j'ai pu voir, les gens que j'ai côtoyés, les sourires échangés valent bien ces quelques heures de voyage.