Architecture islamique dans le sud de l'Inde : le Gol Gumbaz et le mausolée Ibrahim Rauza.
L'intérêt de Bijapur réside dans la présence dans la ville de plusieurs monuments musulmans, fait assez rare dans le sud de l'Inde dominée par l'hidouisme.
L'architecture musulmane a pris son essor dans le sud de l'Inde assez tardivement, soit au XVIe et XVIIe quand une partie des états du sud fut annexée à l'Empire Moghol.
C'est le sultan Muhammad de Bijapur qui a commandé la réalisation du Gol Gumbaz.
Ce monument impressionnant n'a pas la qualité architecturale des monuments musulmans de l'Inde du Nord ou d'Asie Centrale. Ce qui le distingue avant tout, c'est sa dimension : la coupole du bâtiment est l'une des plus grandes au monde.
Paradoxe culturel, puisque tout le Deccan est marqué par une architecture Hindoue qui ne recourt pas à l'arc et encore moins à la voûte, pour qui le volume dégagé par une telle coupole n'a aucun intérêt théologique, symbolique ou même fonctionnel.
S'agissant d'un mausolée, on est bien en présence d'un monument symbole d'une certaine conception du monde et de l'espace en complète opposition avec la culture dominante.
C'est ce qui fait l'intérêt symbolique du Gol Gumbaz qui impose une symbolique architecturale et religieuse en opposition complète avec son environnement social et culturel.
La prouesse technique est manifeste. La coupole est la 3ème au monde, plus grande que Sainte Sophie à Istanbul, presque aussi grande que le dôme de Saint-Pierre de Rome.
Elle est l'oeuvre des artisans en partie turcs qui ont participé à sa construction.
Donc l'oeuvre d'un conquérant, érigé par des conquérants, mais sans grande attention pour l'ouvrage lui-même, qui reste frustre, sans décors, sans mise en scène de l'entrée, sans effet d'échelle.
La monumentalité s'impose d'elle-même, sans aucun artifice. De ce fait, le monument est impressionnant mais ne dégage aucune émotion. La présence d'un grand jardin aurait pu mettre en valeur cette méga structure pour atténuer cet effet.
Le deuxième monument de Bijapur est le mausolée Ibrahim Rauza que l'on peut qualifier d'Indo-musulman tant le mélange des styles et des architectures est flagrant.
C'est le sultan Ibrahim II qui terminera le mausolée en 1615. Celui-ci est l'oeuvre d'artisans tuurs et hindoues qui vont ici créer une architecture très particulière, une symbiose entre deux cultures, pas forcément heureuse pour les puristes et loin de l'art musulman de l'Inde du Nord.
Ainsi, l'espace intérieur du mausolée reprend la thématique hindoue du plafond bas et de la transition progressive vers le sein des seins, alors qu'en réalité une coupole typiquement musulmane existe au-dessus. Elle reste inaccessible au public et ne participe pas à l'animation du volume bas.
De même, les galeries périphériques mêlent des motifs musulmans et hindous, arcades et consoles par exemples. Cette absence de cohérence donne son charme à l'ensemble. On retrouve à la fois des éléments de composition typiquement musulmans : coupoles, arcades, décors stylisés et hindous : plafonds bas, consoles, décoration des piliers.
Ce mélange donne tout son caractère à l'ensemble et n'enlève rien, au contraire, à la sérénité du lieu et aux proportions humaines de l'ensemble architectural.
Mausolée, cours et salles de prières s'organisent autour d'une place centrale à l'air libre.