Partager l'article ! Perou la ville flottante au fil de l'eau de Michaël Leymarie: Prélude à une théorie des assemblages, pour une mode ...
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Prélude à une théorie des assemblages,
pour une modernité d'équilibre
Une Ville flottante au fil de l'eau
Embarcations sur le réseau des rivières d'Amazonie au Pérou
Texte pour la présentation de la Bourse de la Fondation EDF 2006 sur le thème de
« l'architecture de l'eau ».
L'objet de cette présente candidature est de soumettre le projet d'un voyage mettant en perspective une investigation et la conception d'un projet architectural sur
l'énergie et le travail de l'eau.
Je poursuis depuis plusieurs années des recherches sur la ville en mouvement et des expérimentations sur l'architecture mobile et écologique. Je nourris la démarche de mes engagements par la
pratique du voyage qui ne cesse d'alimenter mes études.
De mes multiples séjours au Pérou et sur le continent sud Américain, j'ai développé, en partenariat avec des acteurs locaux (Université, ONG, Association), la conception d'un module
hydroélectrique pour des communautés indiennes d'Amazonie. L'idée de ce dispositif architectural qui utilise la force de l'eau pour la transformer en énergie, m'est venue du diagnostic critique
sur la condition socio-économique de ces populations étroitement liée à leur système énergétique défaillant.
La relation holistique que les indiens ont avec leur milieu ainsi que la complexité relationnelle qu'ils entretiennent avec les centres urbains proches m'inspire
une nouvelle approche des échanges entre leurs modes de vie et celui des villes. En effet, une riche dialectique prend forme par les fils du réseau des rivières.
Ainsi je souhaite développer le scénario d'une flotte en mouvement, sorte « d'instant city flottante » qui soit un vecteur en continuum avec l'esprit de la communauté, autant
qu'une situation adaptée à leur séjour sur les rives chaotiques des villes aquatiques. A l'instar du module hydroélectrique, je propose de créer un système d'embarcations capables de s'assembler
en synergie avec les réseaux d'échanges, les flux des rivières et les forces des flots.
L'eau est ici un élément architectonique d'une architecture en mouvement et de la synergie d'un système dynamique.
Michaël Leymarie _architecte-Urbaniste
« Le Combal », Juin 2006
C'est avec une expression libre que j'exposerai ici les premiers résultats de plusieurs années d'investigations, établis avec le groupe AMTS _Amazona, sur la question d'une
« architecture dispositif » qui traite tout à la fois, de mobilité, d'énergie et des services communs de l'architecture, ou de l'habitat, entendu ici comme terme générique.
L'objectif de ces expérimentations est nécessaire et ambitieux ! Il ne s'agit rien moins que d'établir, à terme, une synthèse générale, une théorie sur l'apparente opposition qui lie
l'architecture à la mobilité et leurs impacts sur l'environnement, les hommes et le monde.
Plus avant, lors d'un projet manifeste sur un système de villes volantes, je l'esquissais sous les termes de « dispositif écologique, mobile, modulable et
modal » et du « faire du lieu dans les flux ». Puis, lors de mes recherches sur le chaos métropolitain de Lima, je lui donnais l'aspect des
« viscosités » ; une substance infrastructurelle programmatique fluide, mutante, multiforme, remédiant partiellement aux carences d'une ville en crise. À Paris, je la
poursuivais avec les « dess(e)ins du mouvement » aux Pôles d'Echanges : ces nœuds complexes où se concentrent, s'embrayent et se distribuent les mailles des réseaux
urbains et continentaux. Telle une boîte à rythmes des temporalités urbaines, ces "CŒUR" (COmplexe d'Echanges URbain) génèrent une énergie qui dynamise la ville, son territoire puis irradient le
monde de ses vibrations.
De recherches en expérimentations, cette théorie est celle des assemblages : ceux des ensembles, des enveloppes, des objets et des espaces, du temps et de ses usages, du mouvement donc et de
ses flux, de la vitesse et ses différentiels, de l'unité élémentaire qui fonde la mesure et de l'unité globale comme forme du tout, que d'aucun pourrait qualifier de structurelle, complexe,
métaboliste et que je désignerais volontiers comme métaphore vitaliste ! Cette théorie qui s'invente à mesure qu'on la découvre est comme un vrombissement de fond, elle se niche en creux
dans les oscillations brouillonnes de nos systèmes relationnels.
La crise écologique qui s'annonce est susceptible d'ébranler notre monde si fragile que la modernité passée n'est pas parvenue à assurer. Bien au contraire, cette dernière est même l'une des
raisons de nos maux.
Dans ce contexte, qu'est-ce que le thème de « l'architecture de l'eau » nous apporte ? Cette question multiple nous l'aborderons ici à partir des rivières du bassin du fleuve
Amazone, au travers de l'eau comme élément support : support de mouvements, d'énergie et d'équilibre.
Cet environnement, nous le verrons, offre des caractéristiques physiques et géographiques remarquables, autant qu'une situation économique et culturelle propice à
la réalisation des objectifs énoncés plus haut.
De notre voyage, AMTS _Amazona suggère des assemblages pour remonter le fil de l'eau jusqu'à la source ; celle d'avant notre monde et celle, souhaitons-le, d'un prélude à une
modernité d'équilibre, pour construire le monde de demain !
Regard sur l'Amazone
LE TERRITOIRE DE L'AMAZONE
D'une superficie supérieure à 12 fois celle de la France, le bassin amazonien concentre la plus importante ressource de biodiversité de la Terre. Au centre de ce poumon planétaire, constituant le plus puissant système hydraulique du monde (185.000 m³/s), soit 1/5 de son volume d'eau douce, se trouve le fleuve de tous les superlatifs ; l'Amazone avec son millier d'affluents. Du fait de sa topographie, marquée depuis sa source à plus de 5.500m d'altitude par les Andes péruvienne, puis sur l'essentiel de son parcours par la planéité de son bassin (200m de dénivelé sur 4.000km), les 6.800km des méandres enlacés du fleuve dessinent une géométrie sinueuse mouvante en mutation permanente.
Sous ce climat tropical, l'extrême densité de la forêt vierge rend les conditions de sa pénétration particulièrement aventureuses. Les repères occidentaux classiques se heurtent alors à leurs limites qui, hélas, sont franchies pour le plus grand dommage de ce territoire : déforestation, contamination pétrolière, exploitations diverses, mais aussi un mode d'urbanisation décontextualisé représentent désormais les menaces actuelles.
C'est alors toute la problématique de la forme de son développement qui est en question afin de préserver ce territoire essentiel à l'équilibre des écosystèmes pour
le futur de l'humanité.
A la faveur de ces préoccupations, le contexte d'Iquitos et du Loreto, sa région, au Nord-Est du Pérou, offre un intense potentiel d'investigations et d'actions.
CULTURE NATIVE ET ESPRIT DE L'AMAZONE
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L'usage coutumier que ces populations entretiennent avec le territoire, qu'il soit la jungle profonde ou le rivage, nous enseigne l'art de l'équilibre et de l'adaptabilité, toujours sur le fil des confluences. Le monde est perçu comme un flux générateur d'une force nourricière sur lequel on peut naviguer. A partir de là, une série d'attitudes se déclinent en interventions idoines. C'est là toute l'éthique d'une synergie environnementaliste.
L'URBANISME OSCILLATOIRE DE LA CITE AMPHIBIE : IQUITOS-BELEN
Iquitos est une île, un belvédère sur l'Amazone, une métropole de 400.000 habitants, le centre de l'activité de l'Amazonie péruvienne. Elle s'est construite autour des exploitations du caoutchouc
à la fin du XIXème siècle, époque à laquelle elle entretenait plus de relations commerciales avec l'Europe, via l'Atlantique, qu'avec Lima.
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Sur la partie constamment immergée se multiplient toutes sortes d'éléments flottants mobiles : bateaux, canoës mais aussi maisons et autres barges flottantes aux fonctions variées. Le port lui-même est un ensemble d'éléments flottants autonomes et raccordés les uns aux autres.
D'une configuration à l'autre on assiste à une translation des éléments dont la réversibilité permet un continuum d'urbanité. L'ensemble constitue un véritable urbanisme flottant aux mille et une combinaisons, vibrant aux rythmes et pulsations des flots. C'est une danse, un ballet qui se déploie entre les eaux, l'échange et l'habitat.
CONTINUUM D'URBANITE : DISPOSITIF MOBILE ET SYSTEME RETICULAIRE FLUVIAL
Ce qui caractérise le territoire amazonien c'est l'absence de la route, ou plutôt son transfert sur l'espace fluvial. Le réseau sans pareil de l'Amazonie constitue
l'essentiel du système de communication pour aller d'un village à un autre et pour relier les centres urbains entre eux. Le développement des habitats, villes et villages s'est effectué le
long
de ces rivières. Comme le croisement des routes a pu produire les villages sur le système terrestre, les rivières créent ici le support des relations entre les villes, les hommes et les
communautés. Ce sont des routes particulièrement spacieuses, des lieux de vie et d'échanges émergeants. C'est dans ce milieu que se développe un croisement de diverses temporalités !
Toutefois, si le réseau est prometteur d'un continuum d'urbanité entre les différentes entités, les dispositifs de transports qui l'assurent, eux, ne le sont que
trop peu ! En effet, aussi spectaculaires que soient les paysages riches de quiétude de la planéité infinie de l'horizon que dessinent ces rivages, l'espace à bord des bateaux est
généralement clos.
Se dessine alors toute une classification de dispositifs de transport en fonction de :
En somme la richesse des services que ces dispositifs peuvent offrir.
On peut ainsi choisir en fonction d'un paramètre ou d'un autre, mais l'important est de pouvoir augmenter l'offre de transport, sa diversité et surtout d'y intégrer des critères environnementaux et d'adaptabilité aux besoins des transportés et de leurs biens.
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On ne démontre plus que le développement économique d'une région dépend pour partie de cette offre et de son caractère approprié.
Cependant est-il possible d'arriver à une telle synthèse pour une région donnée, dans le contexte aussi complexe qui est le nôtre ? A l'instar de la voiture et de la voie bitumineuse, qui
est la base du dessin des villes "modernes d'occident", c'est-à-dire du mode de référence qui détermine les villes du monde entier en somme, est-il possible d'imaginer une alternative à ce
système à l'échelle tant régionale que du continent amazonien ?
Problématiques, Concepts et Enjeux
OFFRIR DU DISPOSITIF POUR « HABITER AU FIL DE L'EAU»
La problématique du projet est de pouvoir répondre aux questions précédemment posées sur la région du Loreto, à savoir :
La problématique devient principalement la question suivante : est-il possible de créer un dispositif où converge la question du mode transport et celle de
l'habitat dans l'objectif de produire un développement économique et social respectueux de l'environnement et du patrimoine culturel de l'Amazonie ?
VERS UNE ARCHITECTURE META-TRANS-SYSTEMIQUE
L'objectif spécifique du projet est alors d'imaginer et de concevoir ce dispositif et ce système relationnel. En somme, il s'agit d'inventer un dispositif intégrateur qui soit tout à la fois
l'objet et sa distribution et/ou le réseau : c'est-à-dire un objet complexe qui selon les échelles d'observation et d'usage en font tour à tour un objet et un réseau. C'est un objet qui est
capable d'intégrer toutes les échelles, du global au particulier et, ce faisant, d'être singulier et reproductible.
L'objectif spécifique est donc le concept : une Architecture Meta-Trans Système pour l'Amazone.
CREER UN JEU ORDONNE D'ASSEMBLAGE DE DISPOSITIFS
Le but de l'action est de concevoir les éléments d'une logistique pour incarner une stratégie et un scénario infrastructurel.
L'idée est de créer un nouveau système global s'additionnant et dynamisant le système existant. Pour se faire, AMTS propose :
De cette manière, il se créé un jeu relationnel entre la première et la seconde catégorie de dispositifs. Ils ont en fait tous deux les mêmes attributs mais pas la même échelle. Le deuxième peut accueillir le premier ainsi que tous les autres dispositifs qui existent. Et le premier peut être aussi une extension du deuxième. C'est ce qui, pris indépendamment l'un de l'autre, distingue la dimension et le champ de leur action, tout en les spécifiant. Et c'est dans leur jeu combinatoire que se créé le caractère multiplicateur de leur champ d'action.
POUR UNE MODERNITE D'EQUILIBRE
Se faisant, ces concepts doivent créer une infrastructure opérationnelle de l'échange, un centre intégrateur des formes de la rencontre et d'impulser un mode alternatif de développement adapté à la région.
Au travers d'un scénario prospectif, l'enjeu est de visualiser les synergies dans l'espace de ce réseau, et de savoir comment le croisement des temporalités peut
permettre de créer du « lieu dans les flux », ou « d'habiter le voyage » au fil de l'eau dans ce territoire en mouvement !
La finalité est que ces concepts participent à la construction d'un manifeste pour l'émergence d'une nouvelle éthique et de nouveaux paradigmes de modernité : ceux pour une modernité
d'équilibre, qui sont tout à l'image de la philosophie de Michel Serres : une science savoureuse et un occident animiste.
De nouveaux objets pour une nouvelle étape « d'hominiscence », une écologie de l'homme, équilibre liant l'individu, les sociétés, le monde, pour l'harmonie d'une paix.
Telle est l'utopie d'AMTS _Amazana !
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